paysâmes : des rencontres

Gene, Gen'oeufs

La sortie du livre approche. restait à réaliser un reportage. Celui de Gene, mon amie. Productrice d'oeufs. Enfin, comme elle dit dans un éclat de rire : "ce sont mes poules qui font des oeufs".

Retour du côté de Pluméliau pour aller à la rencontre de la femme. Gene en est à phase de transmission. Elle sera bientôt jeune (gene) retraitées. Encore un défi à relever : l'affaire n'est pas simple. Qui pour reprendre ? Comment et pour faire quoi ?

Gene, c'est un parcours de presque 30 ans en agriculture. Et quelques années de plus dans le para-agricole. La femme a été l'une des premières techniciennes porcs de la région. A se balader dans les campagnes avec dans le coffre des produits pas toujours très catholiques. Antibio, et toute la pharmacie. Ce qui lui a fait, un jour, dire stop.

Et de s'installer sur la ferme de son époux - devenu paysan, retourné à la terre.

Son installation ? Leur installation ? Ce sera un début de production en chèvres, pas bio. Et puis, après la déconfiture (une laiterie qui arrête de collecter le lait, pas assez de demandes et/ou trop de producteurs), vient l'heure des interrogations. Faire quoi ? Rebondir ? ...

Ce sera poules pondeuses, en bio, et en vente directe - Gene, en éternelle bavarde, elle le confesse allégrement ! - veut du contact, des relations, de l'humain. Parce que les poules, ben, ça parle pas trop.

Et puis, sur la ferme, il y aura désormais des jolies blondes - Môsieur aime les blondes. Les vaches d'Aquitaine. Ca fait sens, pour lui, pour les sols. Question agronomie.

Ils sont beaux, d'ailleurs, ces champs constellés de pissenlits, en ce début avril, entourés de prunelliers en fleurs, de fusains qui débourrent, d'osiers aux branches orangées qui repartent. 

Joli. Bucolique.

Pourtant, je me rappelle Gene me raconter les reproches vécus, les locaux qui se plaignent - dans ce pays pourtant ravagé par le remembrement : "les chemins ne sont pas propres, les fruits tombent des branches, ...". Les mêmes fruits qui font le bonheur aujourd'hui des promeneurs.

Faut la foi parfois. Gene, elle l'a. Toujours.


Françoise, 40 ans de carrière légumière


Françoise, un sacré papillon noir*

 

Rencontre avec Françoise, presque 40 ans d’épousailles avec la Terre. Elle commence à le sentir, dans son corps, d’ailleurs. Françoise est légumière, ou plutôt maraîchère - la production de légumes s’est diversifiée sur la ferme. 40 ans, cela fait forcément pas mal d’évolutions, de choses à raconter.

Vendredi. Petit matin. Je suis Françoise au champ, il est situé un peu plus loin, au bout d’un chemin - pas creux mais charmant. Laurent, son mari, Maïwenn, sa fille et Bastien sont sur place. Partage des tâches et des récoltes.

Pour Françoise, ce sera bottes de betteraves et bottes de radis. Et après, ce seront les cocos – les fameux de Paimpol, presque unique AOC* de Bretagne, il faut le souligner.
« Tu as vu mon bureau ? » me demande Françoise, espiègle, en me désignant de la main là, la terre, le ciel. Tu m’étonnes, que je le vois !

Le ciel est frais. Un léger voile de brume s’attarde, le soleil pointe (ça dessine de jolis rais de lumière, contentement de la photographe). Des arbres, où percent les rayons, bordent la parcelle de 7 ha. Du sarrasin rougi se devine. C’est beau. C’est bucolique – à souhait ! - et boueux. Très beau et très boueux. La terre colle aux bottes, aux chaussures, au ciré.

Françoise file entre les planches. Façon de parler. Elle avance, elle s’enfonce à chaque pas. Elle garde pourtant sa grâce, toute féminine, à avancer, les pieds lestés !

« La bio, la vente directe, c’est pouvoir vendre à qui tu veux, au prix que tu veux ». La phrase, échangée la veille, a des airs de rien. Oui, vendre à son prix paraît simple, évident, logique.
Pourtant, pour le couple de Françoise, qui a commencé en 83 par de la kiwiculture, le début de carrière aura été marqué du sceau de l’omnipotente coopérative - cette grande Dame, exigeante, intransigeante, « maltraitante ».

La violence du système, ils ont connu. Françoise s’en indigne encore. Laurent raconte ces choux – ses choux-fleurs, produits à la sueur du front – détruits à coups de marteaux, sous l’œil des douaniers.

Ils racontent leur stress, celui vécu à chaque livraison de tomates, calibrées avec soin, pourtant, à la ferme. Françoise raconte guetter le retour de son homme, inquiète de savoir si la récolte leur serait refusée.

Ils disent leur amour pour la terre. Françoise raconte sa sensibilité de toujours pour l'écologie. Elle évoque Dumont.
Ils évoquent leur passage, raté, en bio en 91. Pas de soutien technique. Françoise et Laurent poursuivent, disent leur opiniâtreté. Ils se rappellent 1998, leur volonté – elle sera inébranlable désormais - de faire du bio. Ce sera ça ou rien, peu importe les vues de la coop.

Ce qui les aura fait avancer, ce qui les aura même « sauvés » ? Des rencontres, avec des gens charismatiques, qui n’ont jamais rien lâché, même menacés par la justice.

Aujourd’hui, je crois qu’ils sont fiers – simplement fiers – de voir leur ferme devenue petite (27 ha) pleine d’activité. 5 personnes y travaillent, 4 ETP*. Ils sont fiers de voir leurs légumes tout vendus en direct – et appréciés. Pas rien pour ceux qui ont décidé de nourrir les autres et ont vu tant de leurs tomates, de leurs salades balancées parce que le système le voulait.

Johanne

AOC : Appellation Origine Contrôlée - ETP : Equivalent Temps Plein - Papillons Noirs est le nom du groupe que Françoise forme avec Laurent, son mari


rencontre avec Cécile, maraîchère

rencontre avec Stéphanie, boulangère


rencontre avec Enora, éleveuse

Quelques mots d'intro

 

Raconter une éleveuse qui a 3 porcs reproducteurs, expliquer comment elle nourrit 100 porcs qu'elle engraisse à l'année et comment elle produit 70 % de son aliment sur ses 40 ha de terre, soit.

Et ? Savoir qu'une ferme moyenne, c'est plutôt 200 truies et leur suite (à savoir quelques milliers de porcs produits par an), cela permet de mettre en perspective, de se demander peut être combien d'hectares sont/seraient nécessaires pour répondre aux exigences d'un "lien au sol" - autre notion qui sera explicitée, simplement (je crois savoir le faire).

Quant à l'humain-e, pour aussi ajouter à l'histoire, je vous raconterai (selon l'inspiration du moment, si l'envie est là, si c'est pertinent [...]) comment j'ai grandi dans une ferme devenue exploitation porcine, dans les années 70-80 - son cheptel comptait + 900 truies en 1996. Une ferme exemplaire par sa technicité. Et de vous narrer l'évolution de cette ferme, telle que vécue par la gamine puis l'ado que j'ai été. Des odeurs de paille aux odeurs ammoniaquées. De la joie d'étaler la paille, de voir les mises-bas aux inséminations artificielles et à l'incompréhension de ce système concentrationnaire - qui ne respecte ni l'animal ni l'homme - je le crois.

 (news de juin publiée sur la page du projet sur Ulule)

 

rencontre avec Cathy, boulangère

Après réflexion, le portrait de Cathy sera inclus dans un prochain titre tout dédié à la boulange-paysanne. Je laisse ici quelques lignes, car cette femme est de celle qui compte et pense leur métier. A partager donc !

La terre et demain.

 

Cathy, elle m’a appris le pain il y a 13 ans. J’étais ronde comme les pâtons, enceinte de mon fils. J’apprenais le pain, à sa façon.

Oui, il y a autant de pains que de boulangères. Et que de boulangers. Et il y a sans doute autant de façons de faire que de femmes et d’hommes à pâtonner.

Avec Cathy, c’était simple. Pas de double pousse. Pas de double façonnage. Pas de scarification à l’enfournement. Une simplicité qui m’allait bien, que j’ai suivi toute ma carrière de boulangère, même si je signais mes pains. Une signature incompréhensible – surtout la cuisson passée ! -, symbolique. Un œil ouvert sur le monde ou, c’est selon, un soleil qui se lève derrière des tiges de blé.

Chez Cathy, dans les odeurs et la chaleur du fournil, les souvenirs affluent. Et nos échanges reviennent, reprennent.

Je lui dis le poids qu’ont eu ses mots et ses engagements. Comment ils m’ont marquée.

 

« La Terre de nous appartient pas ». Elle reprenait ces mots, en 2007 : ils étaient déjà connus, partagés.

2020. Dis-moi, ré-explique moi. Ca veut dire quoi ?

13 ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts, le contexte a durci dans la profession, je le crois. Alors, quelle résonance, cette belle grande idée ?

 

« Non, la Terre ne nous appartient pas », sourit Cathy. Constance. Et elle explique en quoi, pour elle, la constitution d’un Groupement Foncier Agricole lui a permis de respecter (comment dire autrement ?) ce principe, cette idée, très concrètement.

Oui, nous ne sommes que de passage. En être ou en prendre conscience nous replace à notre place : celle de locataires (privilégiés ou pas) d’un vaisseau assez unique en son genre, un monde fini appelé à être légué à nos enfants, et puis à leurs enfants.

Certains l’oublient. S’en foutent même. Peu importe. Après moi le déluge ! Allons. Pensons à ces seigneurs qui se croient tout puissants sur LEURS terres. Oui, il est à regretter ces sAigneurs, qui détruisent ce qui fait leur richesse, par mimétisme, bêtise ou ignorance. C’est quoi le pire ? Je ne sais.  

 Oui, possible que certains réfléchiraient autrement si les terres n’étaient pas leur propriété. Cathy en avance l’idée. [...]

Aziliz, chevrière et pas que(eue)

Hier, jeudi 16 juillet 2020, j'étais partie en montagne. J'ai vu des chèvres, des fossés, des naines, des mottes, des marbrées, j'ai vu des chèvres et même le louuuuup (excusez, l'enthousiasme mêlé de ouuuh, je vous raconterai). J'ai rencontré Aziliz. J'ai crapahuté. On a crapahuté. J'ai fait ma première transhumance, mini-transhumance certes mais en Bretagne. Incongru ? Si, un peu. Rencontre avec un bout de femme brut de pomme. Passionnée. Ses chèvres ? Ses amies.

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