genèse et vie du projet Paysâmes

La vie du projet est à suivre notamment à travers les news éditées depuis la plate-forme Ulule.

2019 : ça cogite

photo noir et blanc boulange paysanne agriculture fournil paysames - Johanne Gicquel artiste auteure nature bretagne
au fournil, dans ma carrière antérieure

De mon histoire et de mon expérience

L'agriculture est complexe. Aimée, détestée. Sujet de mille controverses, et sûrement plus encore en Bretagne, 'terre d'élevage et grenier de la France'. Combien de fois n'ai-je envie de raconter l'agriculture, tant la méconnaissance est grande, les propos souvent pleins d'a priori, de "yakafo(vrai?)con". Le sang bout parfois - de moins en moins -, je m'assagis.

 

Après 10 ans de métier - paysanne-boulangère-maraîchère -, une fin d'activité qui libère la parole (aussi), j'ai décidé de faire enfin ce livre sur l'agriculture - 10 ans déjà qu'il était dans la tête. Forcément, le contenu tel qu'imaginé alors a évolué, changé.

Moins naïf - si tant est qu'il aurait pu être naïf. 

10 ans de vie et d'expérience : la vie est passée par là, avec ses satisfactions, ses galères, ses réussites et tout le toutim. 

Bref. J'ai eu envie de croiser le regard et le faire avec des femmes - celles qui ont fait le choix de la Terre, celles qui "pensent" leur métier, serais-je tentée d'écrire. Présomptueux ? Je ne crois pas.

J'ai eu envie de les raconter, elles, les dire en images et en mots -, et de fait, c'est une autre agriculture - féminine - qui se raconte en creux.

 

Précisons-le. J'ai grandi dans un (très très) gros élevage breton. Pas dans une quelconque marmite, ni bio ni durable ni alternative.

Il y a eu - oui ! - du cheminement intellectuel, des rencontres. Jeune "chargé de mission" (mon titre fourre-tout), j'ai accompagné des paysan.ne.s. J'ai rencontré des militants, souvent admirables par leur engagement. J'ai rencontré aussi beaucoup de discoureurs, des "disous", de ceux qui critiquent, conseillent - c'est selon. Certains ont l'humilité de le reconnaître. Quelques uns exhortent (espèrent ?) : "il faut des gens sur le terrain, des faisous". J'ai entendu et j'ai décidé de faire. 

 

10 ans les bottes dans la terre et les mains dans la pâte.

Ça ouvre les yeux - parfois rudement - sur les réalités des métiers, du contexte, des enjeux.

 

Tout ça, j'ai envie de le partager, imparfaitement mais légitimement.

Pour ce faire, j'ai décidé de m'appuyer sur mon travail (photo et écriture mêlées), me disant (oui !) être légitime aussi en tant que photographe et auteure.


2020 : financement participatif pour concrétiser le projet

Pourquoi être passée par un financement participatif ?

Les motivations ont été simples : pragmatisme, efficience et liberté. Libre de laisser la place à l’imprévu. Libre du ton employé, de dire les choses qui se taisent, libre (de tenter) d’expliquer les méandres d’une vie en agriculture et de l’agriculture, tout court.

Et sans avoir de comptes à rendre à quiconque, ce qui n'est pas rien (un article en lien pour info).


Merci pour les soutiens

Plus de 5.000 € collectés campagne de financement participatif. Merci.

Pas mal pour un projet d’édition, paraît-il. Tant mieux. ‘Tant qu’il y aura des livres qui nuiront à l’ignorance’, comme il se dit.

Pour expliquer le projet "autrement", il aura été fait appel à un musicien, Philippe Pastor. Mise en musique rythmée, à mon image, à mon goût et mise en voix.

Lecture de l'intro du livre à venir - mais je ne le sais alors pas.


janvier 2021 : le point sur le projet

photo noir et blanc recolte champ femmes paysanne paysames - Johanne Gicquel artiste auteure nature bretagne
photo noir et blanc femme paysanne vache paysames - Johanne Gicquel artiste auteure nature bretagne
Lauriane. retour du troupeau

extrait de la newsletter publiée sur Ulule, dans le cadre de la campagne de financement

 

[...] Paysâmes, ce seront 11 portraits de femmes (10 prévus). Il y a tant de visages, tant de filières, tant de savoir-faire. Le compte aura été dépassé parce que sur certaines fermes, ce sont des duos qui oeuvrent.

 

 

Plourha. Françoise et Maïwenn, la mère et la fille. Françoise, 40 ans de carrière derrière elle. Etudiante, elle décide de revenir à la terre. Elle épouse Laurent, lui aussi est fils de paysan – sa mère est une militante, syndicaliste, féministe. Le jeune couple se lance dans le kiwi. C’est osé : en 1980, personne ne connaît, les débouchés sont compliqués : « on ne savait pas faire ». Et le gel s’en mêle : les 2 ha de plantation sont anéantis. Le couple repart, se lance dans la tomate, « de pleine terre ! », précise Françoise - ce sera leur chance.

 

Le couple fournit la coopérative du coin. « C’était violent », confie Françoise : légumes refusés, eux pas payés. Le couple s’insurge - mais on ne divorce pas, en agriculture. En 96, las, Françoise et Laurent ne tergiverse plus : ce sera en bio ou rien. Ce sera le début d’un long bras de fer. Après avoir participé à la création d’une coopérative bio, le couple passe finalement en vente directe. Il s’en félicite, à l’heure où Maïwenn, l’ainée, a décidé de rejoindre la ferme. La jeune femme est consciente de sa chance, la ferme tourne. Mais se pose, pour elle, la question d’y trouver sa place et de l’ouvrir à d’autres.

 

 

Ploerdut. Audrey et Lauriane viennent, elles, de reprendre un élevage de laitières. 40 bêtes et l’ « ambition » de passer à 30. Détonnant dans une Bretagne où la tendance est à la concentration des fermes (cf. chiffre). Elles expliquent LA rencontre avec leur désormais prédécesseur qui les a menées à s’installer dans ce centre Morbihan. C’était un « ovni dans le milieu », qui avait décidé : mono-traite et système tout herbe. « La vache, c’est une barre de coup à l’avant, et un épandeur à l’arrière », rappelle Audrey. Les vaches font donc leur boulot ! Le système est performant – écologiquement et économiquement (chiffres à l’appui) –.

 

Alors, pourquoi n’est-t-il pas davantage connu, mis en œuvre dans les fermes ? Questions posées, légitimes, qui ramènent à ce qu’est l’agriculture d’aujourd’hui, à comment elle est enseignée et à celle qu’elle deviendra.

 


hiver 2020-2021 : le contenu du livre se dessine

photo noir et blanc recolte champ femmes paysanne paysames - Johanne Gicquel artiste auteure nature bretagne
photo noir et blanc femme paysanne vache paysames - Johanne Gicquel artiste auteure nature bretagne
Lauriane. retour du troupeau

hiver 2020-2021. Le contenu du livre se précise. Les textes sont presque tous rassemblés, s'agissant des portraits. 

 

de la poésie

Parce que la poésie est un art qui me fascine assez, il est fait appel à Yann Morel, poète, breton, libre. Il signe deux textes inédits.

Pour la préface, réflexion, cogitation. Plutôt qu'un politique local et engagé - que je salue pour sa foi -, l'évidence surgit un matin : Marlène Tissot, poétesse, elle-aussi, et une romancière à la plume acérée. Elle me fait l'honneur d'accepter l'exercice - la lecture de son texte m'aura valu une grosse émotion.

 

du factuel

Le livre, par ailleurs, s'enrichit d'un long complémenterre. Peut-être est-ce le fait d'avoir commis un dossier sur la boulange-paysanne pour la revue Armen, en cette même période, qui rend ce Complémenterre nécessaire ? ... Ou mon côté scientifique ? Bref.Envie de préciser le propos.

Un gros travail de fond s'ajoute : rencontre/interviews téléphoniques (c'est covid) avec la sociologue Anne Guillou, des ex-conseillères agricoles, des responsables syndicales en fonction.

Au final, ce sont donc 60 ans d'agriculture  bretonne - vue, vécue, racontée - par des femmes qui sont brossés. Comprendre hier pour dessiner demain, donc. Clap de fin. Faudra un autre livre encore, qui sait ? Mais la maquette est bouclée. 244 pages, histoire de rester sous le kg (ça, c'est une préoccupation d'éditrice). 

 

re-re[re]lecture

Avril : je fais relire la maquette par 4 femmes, plus ou moins proches, plus ou moins connaisseuses de l'agriculture. Elles sont/ont été dans le soin de la personne, dans l'édition. Un seule demande de ma part : s'assurer que le livre soit bienveillant quant aux femmes racontées - elles n'auront pas connaissance des textes les concernant avant la publication. 

Retours. Re-maquettage. Faire des choix. Je tranche : je garde à peu près tout, en fait.

Passage à l'étape de la correction (merci à ma super correctrice).

Envoi à l'imprimeur - breton - de la maquette. Livraison le 20 juin. Ouf. Dans les délais. J'avais annoncé fin printemps 2021.

 

Depuis, le livre vit. Causeries, échanges, ...

La satisfaction du travail "bien" fait est là, réelle. Même si tout est critiquable, améliorable, contestable. Pour ma part, je suis fière comme ma grand-mère l'était, c'est à dire comme une travailleuse qui a fait correctement son travail. 

 

 


printemps 2021 : ca se finalise

 

intro du livre

J’ai voulu écrire sur les femmes – celles qui ont choisi d’épouser la Terre – parce que je suis une femme, parce que j’ai été, durant 10 ans de ma carrière, paysanne. Oui, j’ai fait mien ce mot – il n’a de sens ici que celui originel « celui d’un pays ».
Ce livre ? Je le porte depuis une douzaine d’années. Ce n’est donc pas – peu s’en faut – un ouvrage entrepris parce que ce serait à la mode, vendeur, bref, opportuniste. Les années ont passé et la vie – hasard ou pas – m’a ramené ce projet de papier en pleine face. [...].
Le projet de livre réémerge donc. Son contenu évolue. De la photo, du noir, du blanc, pour dire tous les gris de la vie. Des textes, du « je », usé non par pur égotisme mais pour me réapproprier une parole souvent (auto-)confisquée. Des textes peut-être moins naïfs que je ne les aurais écrits il y a 10 ans, si tant est qu’ils aient pu être naïfs. Disons que, même si je suis née dans la marmite du parfait productivisme intensif breton, consciente des enjeux (locaux, territoriaux, sociaux...), il manquait l’expérience, le vécu.
La vie est passée par là, avec ses satisfactions, ses galères, ses réussites [...]. Oui, les pieds dans la terre, parfois dans la merde – disons-le –, ça ouvre les yeux, et rudement, sur les réalités du métier.
Bref. 2020. J’ai eu envie de croiser le regard et le faire avec des femmes – celles qui « pensent » leur métier, serais-je tentée d’écrire. Présomptueux ? Chacun jugera. J’ai eu envie de les raconter, elles, de les dire en images et en mots, et de fait, c’est une agriculture – bretonne, féminine – qui se dévoile.
Alors, vas-y. Raconte-toi. Raconte-moi.

Johanne, intro du livre  Paysâmes