Françoise

Texte libre 2020

 

Françoise, un sacré papillon noir*

 

Rencontre avec Françoise, presque 40 ans d’épousailles avec la Terre. Elle commence à le sentir, dans son corps, d’ailleurs. Françoise est légumière, ou plutôt maraîchère - la production de légumes s’est diversifiée sur la ferme. 40 ans, cela fait forcément pas mal d’évolutions, de choses à raconter.

Vendredi. Petit matin. Je suis Françoise au champ, il est situé un peu plus loin, au bout d’un chemin - pas creux mais charmant. Laurent, son mari, Maïwenn, sa fille et Bastien sont sur place. Partage des tâches et des récoltes.

Pour Françoise, ce sera bottes de betteraves et bottes de radis. Et après, ce seront les cocos – les fameux de Paimpol, presque unique AOC* de Bretagne, il faut le souligner.
« Tu as vu mon bureau ? » me demande Françoise, espiègle, en me désignant de la main là, la terre, le ciel. Tu m’étonnes, que je le vois !

Le ciel est frais. Un léger voile de brume s’attarde, le soleil pointe (ça dessine de jolis rais de lumière, contentement de la photographe). Des arbres, où percent les rayons, bordent la parcelle de 7 ha. Du sarrasin rougi se devine. C’est beau. C’est bucolique – à souhait ! - et boueux. Très beau et très boueux. La terre colle aux bottes, aux chaussures, au ciré.

Françoise file entre les planches. Façon de parler. Elle avance, elle s’enfonce à chaque pas. Elle garde pourtant sa grâce, toute féminine, à avancer, les pieds lestés !

« La bio, la vente directe, c’est pouvoir vendre à qui tu veux, au prix que tu veux ». La phrase, échangée la veille, a des airs de rien. Oui, vendre à son prix paraît simple, évident, logique.
Pourtant, pour le couple de Françoise, qui a commencé en 83 par de la kiwiculture, le début de carrière aura été marqué du sceau de l’omnipotente coopérative - cette grande Dame, exigeante, intransigeante, « maltraitante ».

La violence du système, ils ont connu. Françoise s’en indigne encore. Laurent raconte ces choux – ses choux-fleurs, produits à la sueur du front – détruits à coups de marteaux, sous l’œil des douaniers.

Ils racontent leur stress, celui vécu à chaque livraison de tomates, calibrées avec soin, pourtant, à la ferme. Françoise raconte guetter le retour de son homme, inquiète de savoir si la récolte leur serait refusée.

Ils disent leur amour pour la terre. Françoise raconte sa sensibilité de toujours pour l'écologie. Elle évoque Dumont.
Ils évoquent leur passage, raté, en bio en 91. Pas de soutien technique. Françoise et Laurent poursuivent, disent leur opiniâtreté. Ils se rappellent 1998, leur volonté – elle sera inébranlable désormais - de faire du bio. Ce sera ça ou rien, peu importe les vues de la coop.

Ce qui les aura fait avancer, ce qui les aura même « sauvés » ? Des rencontres, avec des gens charismatiques, qui n’ont jamais rien lâché, même menacés par la justice.

Aujourd’hui, je crois qu’ils sont fiers – simplement fiers – de voir leur ferme devenue petite (27 ha) pleine d’activité. 5 personnes y travaillent, 4 ETP*. Ils sont fiers de voir leurs légumes tout vendus en direct – et appréciés. Pas rien pour ceux qui ont décidé de nourrir les autres et ont vu tant de leurs tomates, de leurs salades balancées parce que le système le voulait.

Johanne

AOC : Appellation Origine Contrôlée - ETP : Equivalent Temps Plein 

* Papillons Noirs est le nom du groupe que Françoise forme avec Laurent, son mari

 

 

Son portrait dans Paysâmes

il est prétexte à aborder :

- la carrière : 40 ans de vie de couple

- le système coopératif et sa violence

- la construction d'autres modèles de commercialisation

- le passage en vente directe et la commercialisation en groupe