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orange rouge

Hier, c’était donc visite à une paysanne. Et même une paysâme. Ce mot – emprunté à Nougaro -, je me suis demandé s’il était juste de le reprendre. Concernant Cilou, certainement. Bref. J’espère que je saurai écrire un texte et produire des images à la hauteur de son attachement à son métier.

 

Re-bref. Je suis allée jusque Cléguérec, je suis revenue, j’ai vu orange et j’ai vu rouge. J’ai vu ces champs orange, brûlés par un pesticide désormais connu - plutôt mal que bien, tant mieux - par un agent incolore, inodore, qui était encore sur tous les étals, il y a quelques années. La méthode PTB est devenue la norme. Tant mieux pour la nature, nos corps confinés, boudinés.

 

J’ai vu ces fossés un peu cramés, un peu beaucoup.

 

J’ai pensé que les pesticides avaient été pour beaucoup épandus à des heures indues pour travailler. J’ai pensé à ces riverains qui pesteraient, à raison (allusion aux 3 mètres des maisons). J’ai pensé à ces élus, que l’on mérite, à ceux qui font les lois, démocratiquement ou via le 49.3. et sous covid.

 

J’ai vu. J’ai vu des herbes orange, là où la terre n’avait pas été retournée, pas encore ou pas assez vite, une terre retournée comme on cache sous un tapis ce qui fait sale, ce qui fait honte.

 

J’ai vu orange. Et j’ai même pas commencé à compter les champs oranges. Il y aurait de quoi rire jaune : ils sont partout ou presque.

 

Et j’ai vu rouge en pensant à l’action entreprise par une très fameuse et très nécessaire association régionale – dont j’ai été, et dont je serai dès lors que j’en aurai payé la cotisation. Ladite association qui  appelle les citoyens à devenir des sentinelles : en l’occurrence, il s’agit de signaler les champs orange, qui seraient répertoriés sur une carte. Pourquoi ? J’ai préféré oublier.  

 

Voyons, imaginons, à quoi ressemblerait la Bretagne ? Verte, verte bois – où il en reste - et orange à peu près partout sinon ?  

 

J’ai fait ma photographe. J’ai fait une photo de champs orange, comme il m’arrive d’en faire : pour ma photothèque. Pour témoigner de l’agriculture d’aujourd’hui – et elle est massivement, celle-là, chimique bien que de plus en plus mécanique.

 

Je me suis arrêtée le long d’une grande route. Oh, pas vraiment n’importe où. Pas loin d’une ferme qui a dû cesser son activité, il y a quelques années : il fallait construire une déviation, il a fallu exproprier, tant pis pour la ferme qui était là. Tant pis pour les champs de blé, tant pis pour le blé de printemps, tant pis pour l’homme qui la cultivait. Il m’avait dit son amertume. Il m’avait même confié le manque de soutien, par ceux-là mêmes qui encouragent à jouer les sentinelles.

 

Je vois rouge en photographiant le champ orange. Me disant que je pourrai être lynchée, par le gars – la femme ? –, si lui ou elle me surprenait.

 

Mais c’est quoi cette action ? Non, « pas de la délation » prétendront des jolis esprits (fins, pas sûrs).  Encore une action-chiffon rouge, pour agiter les peurs ? Aviver les tensions ? Ajouter au malaise des uns, des autres ?

 

Ne serait-ce pas stérile ce genre d’action ? Stérile comme le deviennent nos champs et qu’ils le resteront encore, longtemps, si on n’apprend pas tous – tous et chacun – à faire face à nos responsabilités ? Arrêtons de blâmer. Encourageons. Soutenons. 

 

 

 

*ptb : prends ta binette

** texte ayant modifié les distances d'épandage avec les tiers pendant le confinement.


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