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geants de papier - intro expo Gourin

Il y en existe, de ces êtres, que l’âge rend beaux.

C’est le cas, sans doute, de ces êtres faits de papier, d’aubier.

C’est le cas, j’en suis sûre, des arbres : de ces hêtres, de ces frênes, de ces chênes.

Ils deviendront vénérables, pourvu qu’on leur en laisse le temps.

« On » est un con disait ma grand-mère - ma grand-mère et mon prof de philo.

« On ». Pourvu qu’on leur en laisse le temps, à ces arbres. 

Car l’ « on » s’accommode parfois fort mal de ces géants de papier.

Trop grands, trop massifs. Trop d’ombre. Trop.

Alors on coup, on ratiboise, on fait joli, on élague, on étête.

On abat.

« Un arbre qui tombe fait plus d’une bruit qu’une forêt qui pousse », suggère le dicton.

Tempérance.

Mais dans notre monde, celui tout préoccupé d’écologie, d’environnement, de FSC ou de PEFC, plante-t’on vraiment ? Plante-t-on assez ? 

Les arbres de nos champs et de nos villes, qui bornent, ornent, qui gratifient les yeux de jolies floraisons et puis de fructifications, continuent d’être coupés : à bas les talus ! sus aux haies. Tant pis.

Des dizaines de milliers de kilomètres ont été détruits en Bretagne, la « faute » au remembrement, aux fonctionnaires de l’état alors payés au kilomètre de talus abattu. Un temps révolu ?

Avez-vous entendu ces mois de février les chants des tronçonneuses ? L’hiver est souvent fatal aux arbres mal poussés. Mal vieillis. Mal implantés. Ainsi soit-il.

Evolution des paysages. Evolution « normale », logique, … ? La gestion durable, mythe ou réalité ? La question se pose : quid de ces abattages encore massifs, encouragés, volontairement ou indirectement par des politiques parfois court-termistes, par une politique agricole qui condamnent (encore) les arbres à tomber.

Tombés au champ et même pas d’honneur.

Tristesse, colère parfois de découvrir ces géants à terre. Couchés. Pour toujours.

Couchés alors qu’il était debout, quelques heures plus tôt, à tutoyer le ciel.

Couchés parce qu’il faut compter – subvention -, parce qu’il faut éclairer – la maison -.

 

 

Pourtant, un arbre. Ces êtres.

Oui. Etonnants souvent.

Oui. Tiens ! Quoi de plus grand sur notre planète que ce règne-là ? 

Oh ! Ce cyprés – 100 mètres -, qui parle aux vautours. Oh. Et nos chênes, ces vénérables ! Là où nos druides allaient cueillir leur gui et entretenir leur magie.

Etrange paradoxe : la fragilité de ces géants de papier.

C’est ce que j’ai voulu illustrer à travers cette exposition.

Dire et raconter ces êtres.

Fragiles. Puissants. Indispensables.

Disons-le. Réclamons-le. Crions-le : coupons - si nous devons couper -. Mais (re)plantons.

Plantons. Pour ceux de demain.

Pour nos gamins, les nôtres, les enfants de nos enfants, ceux qui partageront avec nous un peu de sang, pour les autres.

Plantons.

Plantons pour que d’autres puissent un jour grignoter les poires, les merises tombées-là.

Plantons pour que des mômes jouent à se faire des cabanes et à inventer un nouveau monde (meilleur). 

Plantons pour que des amoureux gravent leurs amours dans l’écorce d’un tronc qui aura protégé leurs étreintes.

Plantons qu’on puisse respirer l’ai frais au pied du noyer.

Plantons pour qu’on puisse jouer à cligner des yeux sous le couvert vert des frondaisons !

Plantons pour que s’envolent aussi haut que les cris des oiseaux les rires des enfants de la terre, ceux qui se balanceront, se baladeront, enlaceront ces géants de papier.

Ces géants, peut-être.

Un petit être de rien, au commencement, pour toujours peut être. 

Peu importe d’ailleurs.

 

Belle balade entre arbres et (h)êtres.

Qu’ils puissent vous toucher.

 

Johanne Gicquel

27 juin 2022


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